Moulin Neuf et Patrimoines

Moulin Neuf et Patrimoines

Plus de quatre siècles d'histoire

Le Moulin Neuf - 1554 - 2015

 

Le Moulin Neuf était situé dans le quartier Lagarengue à Preignac, sur un des bras du Ciron qui a été détourné lors de la construction de la voie ferrée Bordeaux - Sète, inaugurée en 1852.

La famille Lahiteau qui l'exploitait a donc été privée d'eau en 1846, et contrainte d'abandonner la meunerie.

Aujourd’hui, et depuis 2012, une équipe de bénévoles s'est lancée à exhumer ses vestiges de la végétation qui le recouvrait.

Les moulins voisins ont été édifiés entre le 13e siècle et le 15e siècle, et le  fait que celui-ci soit considéré comme «Neuf», peut indiquer qu’il est plus récent, sans qu’à ce jour nous en ayons trouvé confirmation.

Grâce au travail effectué par Jean-Pierre Rajchenbach, nous possédons plusieurs informations précieuses, et en particulier la preuve que le Moulin Neuf existait en 1554. En effet, lors de ses recherches, l’historien épluche les actes notariaux, et y déniche des indications. Sur le testament de Bernard de Sauvage rédigé en 1554, il lit  : "plus de la moitié entièrement de la vigne de la Ruste du côté derrière le Moulin Neuf".

Sur un acte précédent daté de 1558, on notait également : "... plus d'un bout à la terre et vignes de Ramond de Soubies et de l'autre bout de Preignac au Moulin Neuf", puis : "... d'un bout à la vigne de la dite veuve et de l'autre au chemin du Moulin Neuf au Moulin du Pont".

 

Dans ses recherches, Jean-Pierre Rajchenbach a retrouvé plusieurs autres textes dans lesquels le Moulin Neuf est mentionné. 

Le 2 novembre 1592, dans un acte établi par le notaire royal de Preignac, Pierre Rector, on peut lire : "… de Jehanne de Lamothe, fille de feu Peyrot de Lamothe, habitant dudit Preignac d’une part, et Jehan Pasquaut, pour le présent meunier du Moulin Neuf d’aultre". 

Le 22 septembre 1594, devant Pierre Fiton, notaire à Preignac, "Peyrot de Commet dit ninne vend à Estenen de Lahiteau, à présent demeurant au Moulin Neuf, en qualité de serviteur un lopin de cazau et une cabane …". 

En 1623, dans les pages du terrier royal de l’année, et à quatre reprises, on peut lire : "... un chemin par lequel on va au Moulin Neuf …". 

En 1625, dans un contrat passé devant Maître Abraham Lamothe, notaire à Preignac, on apprend que : "Esteven de Lahiteau, meunier, époux de Marie de Lamothe, possédait une maison avec étage à Lambrot sur le chemin qui va de du bourg de Preignac au Moulin Neuf … et qu’il tenait de Monsieur de Guérin, seigneur de Coutet et propriétaire du Moulin Neuf …". 

Le 10 décembre 1667, devant Maître Etienne Chauzes, greffier et Jean Cassaigne, notaire, dans son "Hommage au Roi", Jeanne de Galateau, déclare de nombreux biens autres que la seigneurie de Coutet, parmi lesquels : "Un moulin à trois meules moulantes sur le grand fleuve du Ciron avec les eaux courantes et passantes, fuites et défuites, appelé Moulin Neuf, avec une pièce de terre et prés appelée au pasteng, joignant le moulin, confrontant d’un côté, au Ciron sur lequel est bâti  le moulin, d’autre côté, à la branche du Ciron qui vient de Sanches … une maison, terre, vigne et aubarède en un tenant à "La Garengue", confrontant au levant, au chemin de Justices au Moulin Neuf … une pièce de terre au "Bois de Fourne", confrontant du midi au Moulin Neuf du levant au Ciron, qui fait moudre ledit Moulin Neuf au ruisseau qui vient du  moulin de Pey Arnaud et du couchant à l’eau qui vient de la défuite du Moulin Neuf"...

 

La suite de l’historique du Moulin Neuf, nous la tenons essentiellement de la thèse de Fabienne Modet, "Moulins et meuniers du Ciron au XVIIIe siècle", rédigée en 1984. 

Le 4 juin 1672, dans son testament, Jeanne de Galateau, veuve de Charles de Guérin, receveur du Roi en la Cour du Parlement, lègue ses terres de Saucats et de la Maison Noble de Coutet dont dépend le Moulin Neuf, à Jean de Pichard. 

En 1690, son fils Pierre de Pichard lui succède. Conseiller du Roi en la Grande Chambre du Parlement, il en restera propriétaire jusqu’en 1728 et sa signature sera la première à figurer au bas des contrats de fermage au début du XVIIIe siècle. 

Du 5 novembre 1724 au 25 janvier 1725, Bernard Lalanne détient le Moulin Neuf, sans que le Baron Pierre de Pichard ne lui concède officiellement. 

Le 26 janvier 1725, nous apprenons que Monsieur de Pichard est très exigeant quant à l’entretien de son Moulin Neuf : "Le meunier doit entretenir le moulin et les outils, tenir la gourgue en bon état, …"  

Le baron Pierre de Pichard ne veut être payé "qu’en nature de grain portable à leur Maison Noble de Coutet". De 1702 à 1725, le coût d’une année de fermage ne cesse de baisser. Estimée à 850 livres (120 boisseaux de mesture et 40 de froment) en 1702, elle descend à 460 livres (70 boisseaux de mesture 10 de froment) en 1725. Cette baisse était peut être due à des travaux sur le moulin car par la suite il repris peu à peu de sa valeur. 

Pierre de Pichard n’a qu’une descendante, Marie qui épouse, le 8 décembre 1709, Antoine de Gascq, baron de Portets. Quand son père décède, en 1728, Marie devait recueillir la totalité de l’héritage paternel. Mais les ambitions de son cousin l’en empêchent. Ce dernier fomente un complot dans le but de faire réviser le testament de son oncle en sa faveur. Il accuse sa cousine d’avoir laissé mourir son père et devient ainsi seigneur du Barp et de Saucats. Marie, malgré ses tentatives pour récupérer son bien, ne recueille que les terres sur les bords du Ciron et donc du Moulin Neuf

Elle le transmet à son mari, conseiller au Parlement puis Président à Mortier. Il le conservera jusqu’à sa mort en 1753. 

Son fils, Antoine-Alexandre de Gascq lui succède. Résidant à Paris dès 1754, il ne s’occupe de son domaine que de loin. 

En 1770, il conclut un bail à rente perpétuelle du moulin et des dépendances pour 100 boisseaux de blé, à raison de huit livres le boisseau par an et sans droit d’entrée. Pour cette transaction, le preneur, Jean Baptiste Lamothe, marchand, habitant rue de la Rousselle à Bordeaux, paie 160 livres au bureau du centième dernier. 

Antoine-Alexandre de Gascq dénonce ce contrat en 1778. Le bail à rente est annulé et le Baron abandonne ses biens Barsacais "consistant en un moulin (le Moulin Neuf) sur la rivière du Ciron". 

Le Moulin Neuf est alimenté par les eaux passant au Moulin de Pernaud. Une vanne située en aval de la retenue de celui-ci et manœuvrée par le fermier, et envoi le courant d’eau nécessaire pour faire tourner ses meules. Or, la force motrice qu’utilise le Moulin Neuf constitue un manque à gagner pour celui de Pernaud. Souvent les usiniers omettent d’ouvrir les vannes d’alimentation. Aucun accord n’existant entre les propriétaires, les meuniers du Moulin Neuf sont soumis au bon vouloir de ceux de Barsac. 

En 1780, le Moulin Neuf fonctionne de moins en moins et il perd de sa valeur. Il est dit à 2 meules et il est acquis, pour 6000 livres, par les Chartreux, déjà propriétaires du Moulin du Pont. Ils le remettent en état de fonctionner, mais il ne vont pas le conserver longtemps. 

En effet, comme le Moulin du Pont, le Moulin Neuf est confisqué comme bien national et vendu le 19 janvier 1791. Estimé 9060 livres, il est adjugé 16600 livres à un dénommé Charriant, agissant pour le compte d’un certain Bernon. 

Dès les premières années du XIXe siècle, un Lahiteau, descendant des anciens meuniers du moulin, s’en porte propriétaire. 

En 1826 le Moulin Neuf de Lahiteau, à La Garengue possède : "2 bêtes de sommez 2 ou 3 valets et mout 3500 hl par an",  (archives de Preignac). 

En 1840 sa suppression est proposée, mais il n’est pas démoli. 

En 1843, il ne mout plus que 1000 hl par an. 

Il est désaffecté en 1846 et privé d’eau, lors de la construction de la voie ferrée Bordeaux-Marseille.

Aujourd’hui encore, les ruines du Moulin Neuf appartiennent à Marie-Yvette Lahiteau.

 

 

 

 

 



11/10/2015
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