Moulin Neuf et Patrimoines

Moulin Neuf et Patrimoines

LES MEUNIERS


La famille Lahiteau

Une catégorie sociale : le meunier

 

(Extraits de la thèse de Fabienne Modet, 1984)

 

« L’exemple de la famille Lahiteau est significatif de cet attachement à une même profession. De pères en fils, ils sont pendant tout le 18e siècle, fermiers des moulins de Barsac, Preignac ou Pujols-sur-Ciron. Parfois obligés de chercher une place plus loin, « ils s’expatrient », et quittent la Garrengue d’où ils sont originaires. Ainsi, Raymond, fils de Dominique, meunier de Lamothe en 1760, s’installe à Bègles où il exerce en compagnie de son frère Etienne ». La suite du texte est importante, car elle souligne l’attachement de la famille Lahiteau à la meunerie que Fabienne Modet souligne en début de chapitre. En effet, l’historienne va ainsi chiffré que 28 cousins descendants de trois frères Lahiteau sillonnent la basse vallée du Ciron à cette époque.

« L’expérience du métier appris très jeune en travaillant avec le père, les fait se retrouver tour à tour à la tête du Moulin Neuf, de Sanches, de Lamothe, de Lassale ou d’Augey. Ils ne sont pas pour autant exclus de Pernaud où ils sont employés à la journée ou à la saison comme valets à gages, ou sur des petites usines comme le Moulin du Fossé de Jouanon, situé à Cérons, ou Mahourat situé à Sauternes. C’est une véritable dynastie qui s’est créée bien avant le 18e siècle et qui se poursuit au-delà. En 1847, un certain Bernard Lahiteau, alors propriétaire, demande l’autorisation de reconstruire un réservoir afin de continuer l’exploitation de son bien, à cette époque l’usine travaille, et Bernard en est le meunier. Hormis les Lahiteau, certaines familles d’usiniers se dessinent. Quelques-unes offrent de leurs membres à la profession telles les Biarnes, les Boyreau (un père et ses 4 fils), les Escudey (3 générations), ou encore les Lacroix ou les Prudal (trois générations aussi, mais seulement 6 personnes) ».

Sur ce point, Fabienne Modet précise la position des employés de moulin. Le valet de moulin loue ses services à la journée ou a l’année, et il est salarié du fermier, mais n’a pas la responsabilité de l’usine. Le garçon meunier quant à lui est en quelque sorte un apprenti, c’est en général un jeune qui devient meunier par la suite. Ces catégories semblaient être évincées des responsabilités et se contenter de ces places. « Il est difficile d’avoir la confiance des propriétaires, il faut avoir fait la preuve de son savoir et de ses capacités pour être jugé apte à gérer une usine ».

« Les fils Lahiteau travaillent avec leurs pères durant quelques années, puis le père se faisant vieux, deux frères se partagent la responsabilité du fermage, comme au Moulin Neuf en 1728, le bail est alors signé en faveur des fils et du père, garant de la sûreté de l’exploitation. Quand ensuite chacun est capable de s’organiser, de commander à des aides, l’usine n’est plus donnée qu’à un seul des frères, l’autre s’engageant ailleurs. En 1730, deux frères exploitent ensemble le Moulin Neuf, et en 1738, seul l’aîné des Lahiteau prend le moulin ».

Si dans la majorité des cas, les fils succèdent aux pères, on note également une Jeanne Lahiteau qui épouse en 1717 Bernard Lalanne, meunier de Balizac, et sa sœur Marguerite, qui le 26 novembre 1718, épouse Bernard Lalande qui est meunier au Moulin Neuf.

Grâce à son travail et ses recherches, tant aux Archives Départementales que dans les registres paroissiaux de Preignac, Fabienne Modet peut préciser le cheminement de certains Lahiteau. « Quand il se marie en 1756, Jean Lahiteau est dit « valet à Landiras », et quelques années plus tard, il devient fermier de Lassale, puis de Lamothe, il s’est élevé dans l’échelle sociale. Ce n’est pas le cas de son frère Dominique qui reste garçon meunier à Lamothe, et ne semble pas très attaché à cette profession qu’il délaisse en 1772 pour devenir tonnelier. Un autre Lahiteau, Arnaud, passe toute sa carrière comme valet à gages au Moulin du Pont. Son père Jacques, ainsi que son grand-père, étaient tous les deux dans la meunerie, mais comme employés, au Moulin du Pont et à Pernaud ».

Si on peut aujourd’hui se questionner à propos de la déviation du Ciron qui a privé d’eau le  Moulin Neuf, on peut aussi trouver à travers cette thèse de Fabienne Modet quelques éléments explicatifs de l’époque qui l’a vu achever son activité. « Gérer une usine n’est pas à la portée de tous, et d’autres ne peuvent pas exercer au-delà d’un certain âge. De plus les mutations économiques les appelant ailleurs, certains choisissent un autre métier. À l’époque où se met en place le grand vignoble du sauternais, beaucoup deviennent tonneliers. Comme Dominique Lahiteau devenu « charpentier de barriques » (tonnelier), en 1772, nombre de ses cousins l’imitent. Pierre, fils d’un autre Dominique, ou Antoine dit « Bérot » qui après avoir été meuniers deviennent tonneliers. François et Jean fils de Bernard Lahiteau, meunier au Moulin du Fossé, apprennent la maçonnerie, Pierre, fils de Jean dit « Nié », devient agent d’affaires de la maison noble de Peligeat à Barsac. Antoine Audet, meunier à Preignac en 1740, devient tour à tour marchand puis aubergiste. Certains sont boulangers, et les mutations sont plus nombreuses à l’approche de la Révolution. Des horizons nouveaux s’ouvrent sans qu’il soit question d’évoquer un déclin de cette profession, il existe une certaine saturation qui oblige à chercher du travail ailleurs ».

 

 

 

 

 

 

 


11/10/2015
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